N’omettez pas d’apprendre à copier!

 

dessiner et copier

Si par hasard vous créez un forum artistique et que vous manquez de contenu, ouvrez un topic en le nommant “la copie est-elle un art?” et en un mois vous aurez assez de réponses pour imprimer un ouvrage plus épais que le Mahâbhârata.

Le terme est entendu comme péjoratif. On copie parce qu’on ne possède pas d’imagination où qu’on ne sait pas faire. Lorsqu’un élève copie sur un autre ce n’est pas bien… je pense sincèrement que c’est là une vision d’un esprit restreint.

Les débutants « copieurs » veulent entretenir leur passion naissante du dessin. Ils ne veulent pas forcément faire de l’art avec un grand A ! Laissons les copier. Personnellement, j’encourage ceux qui se lancent dans le dessin à s’y exercer!

Ce que recherchent les gens dans le fait de copier

Pour moi ça montre une volonté de progresser de manière autonome. C’est le moyen qu’utilisent spontanément les gens qui n’ont pas de méthode, pour se lancer dans le dessin. C’est donc les premiers pas d’une autodiscipline.

La copie c’est aussi une forme d’admiration envers un modèle. Les images que l’on copie nourrissent notre enthousiasme et il ne faut pas oublier que si on les a choisis ce n’est pas un hasard, c’est parce que quelque chose en elles nous plaît. C’est une force puissante pour évoluer en dessin, j’en parle dans cet article.

 

Les débutants qui font de la copie se tirent vers le haut. Le modèle que les gens qui débutent souhaitent dessiner est toujours infiniment plus difficile à reproduire que pour une personne ayant déjà de l’expérience. En gros le débutant ne sait pas s’il va réussir, il ne sait pas comment un dessinateur pro s’y prendrait pour représenter ce même modèle, tout ce qu’il sait c’est qu’il veut dessiner.

 

 

La technique avec laquelle on copie et le modèle sont rarement de la même nature

Généralement on choisit un modèle qui est plus « précis » que ce que l’on est capable de faire soi-même. Par exemple on dessine au crayon sur une feuille, d’après une photo. En plus de l’objectif que le dessinateur se fixe en voulant reproduire cette photo, il a l’intention de capter quelque chose de l’image (il réussira ou pas selon le sentiment qu’il aura à la fin de son exécution). Si la photo se suffisait à elle-même, pourquoi chercherait-on à la dessiner?

On dessine parce qu’on veut comprendre. Une fois qu’on a un minimum saisi le fonctionnement du modèle on peut s’approprier l’image (même si ce n’est que l’apparence).

Si on souhaite copier dans le sens « reproduire » exactement, on ne dessinerai que des dessins.

Pourquoi cette pratique n’est pas plus répandue ? Parce qu’un dessin a un caractère moins objectif, plus imparfait, est déjà imprégné d’un geste humain. Ceux qui ont essayé de reproduire leurs dessins sauront de quoi je parle.

Si on essaie de recopier un dessin, on en exagèrera les déformations. Ça n’aide pas beaucoup à être plus habile…

 

 

Pourquoi c’est si pratique de copier d’après photo?

La photographie est la technique la plus précise pour capturer l’apparence des choses.

Si c’est le support le plus utilisé, c’est parce qu’il est fixe, on peut donc prendre son temps pour observer l’image et la comprendre. Elle sert au mieux l’apprentissage autonome.

On a le temps d’appliquer des techniques ou d’en développer et de créer des effets. Et même si on ne réussit pas du premier coup, on peut revenir, le modèle n’aura pas changé.

On voit nos améliorations dans cet exercice (à la fois le plus confortable du dessin et le moyen le plus basique de s’y initier).

On voit qu’on s’améliore lorsqu’on remarque que l’on est capable de plus en plus de précision dans la reproduction. On peut clairement noter si il y a une amélioration de l’observation, des proportions, des valeurs, de la sensibilité à la lumière…

 

La recette pour persévérer c’est de voir qu’on s’améliore, le dessin d’après photo nous y aide clairement.

 

Voici une petite analogie avec le sport. Le volley-ball possède des règles qui constituent un cadre dans lequel le joueur évolue. L’entraîneur s’en sert pour juger l’amélioration du pratiquant.

Imaginez que vous commenciez à jouer au volley, au début vous n’êtes pas doué pour les réceptions, pour sauter, pour les services. Mais vous continuez à persévérer et après quelques mois, vous réceptionnez plus de balles, vous sautez plus haut, vous faites de meilleurs services. Vous constatez que vous avez progressé dans ce cadre.

Maintenant imaginez que vous commenciez à jouer au volley, que vous êtes mauvais. Après une semaine on vous dit de jouer comme vous l’entendez, sans aucune règle… Comment saurez-vous que vous progressez sans ce cadre ?

Dans la vie d’un dessinateur, il y a des étapes dont à ma connaissance aucun livre ne parle, celle qui consiste à se mettre dans un cadre auquel on se réfère pour évoluer. Son utilité est de créer un minimum de risque de dispersion, d’avoir un but clair et précis.

 

 

Pourquoi certains restent sur la copie?

C’est là que ça en devient délicat. Pourquoi sortir de sa zone de confort si difficilement gagnée? Je vois 3 cas de figure personnellement :

Une personne qui a fait énooormément de copies peut avoir : soit le sentiment de ne plus évoluer ; soit elle s’imagine qu’elle n’a pas encore atteint la maitrise qu’elle souhaite ; soit elle se satisfait du talent développé et se repose sur ses lauriers.

La première personne n’aura pas conscience des autres possibilités du dessin et comment elle peut se créer un fil directeur d’apprentissage.

La seconde personne s’enferme dans du perfectionnisme technique.

La troisième n’aime pas l’idée de repartir de zéro et se repose sur ses acquis.

Dans les trois cas, ces gens seront bloqué à un moment où à un autre.

 

 

Des artistes qui copient mais pas que…

 

À propos de la grande question de savoir si la copie est un art, sachez que l’artiste Gilles Barbier a dessiné toutes les pages de dictionnaire. Il affirme « la copie, c’est mon travail d’origine. Toutes mes oeuvres n’en sont que la déclinaison. » Cette démarche a fait l’objet d’une exposition… artistique. En sachant cela, peut-on encore parler de la copie comme n’étant pas un art puisque cette démarche a été exposée?

La copie est avant tout un bon exercice, elle devient un art à condition qu’elle soit un moyen et non la finalité. Un moyen de faire entendre un propos. Je vous invite à aller voir du côté d’artistes tel qu’Ernest Pignon Ernest ou Robert Longo pour vous faire une idée.

Certes il y a plus de copieurs qui ne sont pas (ni ne deviendront jamais) des artistes, mais est-ce une raison d’occulter les acteurs de la scène artistique contemporaine qui ont réussi à donner de la personnalité à une technique que certains disent impersonnelle? Ou sont-ils les exceptions qui confirment la règle?

 

“C’est en copiant qu’on invente” Paul Valery

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16 Responses to N’omettez pas d’apprendre à copier!
  1. karine Répondre

    salut Roy,

    bel article que je confirme à 100%. j’ai appris le dessin en autodidacte, et la copie a fait partie de mon initiation : j’avais choisi de copier les comics, Marvel surtout ! bonjour la galère quand tu n’as pas de vrai bases. mais ça m’a fait franchir les premières étapes. aujourd’hui je dessinne ce que j’ai envie et surtout des choses qui n’existent pas toujours. j’illustre mes histoires pour enfants, et je te garantis que j’ai de l’imagination coté personages et tout ce qui va avec. bref je m’éclate…n’est-ce pas ça le principal ???
    merci encore Roy pour tes conseils, et ton blog de façon générale. tu rassembles de plus en plus de monde, c’est génial. bravo et bonne continuation.
    Karine

  2. informaticienzero Répondre

    Salut Roy,

    Tu n’aurais pas vu cet article sur le SdZ, venant d’un certain MaxRoyo ? :)

    Je me permet de poster puisque j’ai moi-même commencé par la copie (si je me souviens bien vers 2005, j’avais recopié un dessin de la princesse Peach dans le jeu Mario Smash Football), du Nintendo (les Mario, les Zelda, les Metroid Prime, etc) et ceci jusqu’à je dirais il y a relativement peu de temps (l’été 2012). Chaque modèle qui me plaisait, paf, ça finissait dans le carnet à croquis (énormément recopiés de DeviantArt). Il m’en reste encore pas mal, je les mettrais en ligne un jour pour faire la comparaison. Bref, j’étais une photocopieuse (qui aimait ça en plus !) qui ne comprenait pas vraiment l’intérieur du dessin (recopier des filles en petites tenues ou Samus Aran était bien suffisant pour moi).

    Puis vers Décembre 2012, je suis tombé sur ton blog, celui de Pit et le tutoriel de MaxRoyo sur le SdZ qui m’ont été très utiles. C’est avec eux que j’ai appris la vraie nature du dessin (réfléchir et non recopier bêtement) et j’ai pu faire de vrais progrès (je vois la différence entre mes premiers portraits du mois de Janvier et ceux d’aujourd’hui). Je n’arrive toujours pas à dessiner sans modèle d’une façon qui me parait satisfaisante, mais ça va mieux qu’avant.

    Tout ça pour dire quoi ? Que la copie ne m’a pas appris les bonnes bases du dessin, mais qu’elle a su entretenir ma passion pour le dessin qui se serait sans doute éteinte sans. Aujourd’hui, je ne copie plus, je préfère faire des séances de croquis, ou bien me baser sur une photo quand de temps en temps je fais un portrait abouti et détaillé. Je pense donc que la copie n’est plus utile une fois que l’on a découvert les bons conseils. Par contre, un exercice intéressant peut être de prendre un dessin que l’on aime, essayer de voir les étapes, la technique de l’auteur, sa manière de procéder, et pourquoi pas de refaire soi-même le dessin après par réflexion, en se servant le moins possible du modèle, et pas la recopie trait pour trait.

    Voilà la fin de mon long pavé, mais comme j’ai reçu ton mail sur le sujet j’avais envie de m’exprimer sur un thème qui m’a touché à mes débuts. :)

  3. Freddy Répondre

    bonsoir, je vient de lire ton article sur la copie je crois que beaucoup de grand peintre on du quelque part copier leur modèle quand a ceux qui fond des portrait je ne vois pas bien comment il pourrait faire sans modèle.
    cela dit je suis quand même en admiration devant les dessinateur qui invente leurs sujets pour moi c’est des pur créateurs.
    enfin je crois qu’il y a de quoi animer sur le sujet et j’ai été content d’y participer.
    freddy

  4. Artémisia Répondre

    Que tout cela est réconfortant , déculpabilisant …copie ou pas , c’est toujours dessiner :)

    « Au final lorsqu’on écrit on ne fait que reproduire des lettres que tout le monde connaît mais en plusieurs années on développe notre propre forme d’écriture.  »

    Jolie comparaison ;)

  5. Noysette Répondre

    Roy: Il n’y a pas d’un côté « la copie » et d’un autre « l’invention ». Je pense que les deux s’influencent.

    Bonjour Roy,

    Très intéressant article, j’adhère à la citation ci-dessus.
    Ton raisonnement concernant le perfectionnisme technique m’a permis de cibler l’un de mes handicap : merci !
    Grâce à tes articles publiés et à ton raisonnement que je trouve d’une grande maturité, j’ai sensiblement évolué dans mon approche technique du dessin.
    Merci encore, je te suis !
    A bientôt

  6. Voyage Pérou Répondre

    Je ne suis pas dessinteur, je travail en modélisation 3D dans le domaine du jeu video, et je pense que la « copie » concerne toutes les formes d’art.

    A mes yeux, il y a dans 99% des cas une copie plus ou moins partiel d’une autre œuvre, ne serait parce qu’elle fut une sourced’inspiration.

    Et comme tu le dis si bien dans ton article, c’est aussi le meilleur moyen d’apprendre!

    Tout comme Feriel, j’ai moi aussi besoin de copier en partie un autre travail/une photo si je veux arriver à mes fins!

    PS: L’image en tête d’article m’a bien fait rire!

  7. Roy Répondre

    Mandine:
    Ah que voilà un article qui me plaît bien. Tu me réconcilies avec moi-même. Depuis longtemps je ne sais que copier je dessine d’après dessin ou d’après photo, je n’ai aucune imagination. Malgré tout j’ai acquis à force de le faire une technique qui m’est propre, et ca, ça n’appartient qu’à moi. Merci Roy.

    Je pense que ça vaut aussi pour l’écriture et la calligraphie. Dans le livre de Fabienne Verdier que j’ai présenté dans l’article « le vrai voyage c’est de changer de regard, voici 3 livres pour vous y aider », il y a un passage où elle s’exerce à la calligraphie en écrivant un poème par jour.
    Au final lorsqu’on écrit on ne fait que reproduire des lettres que tout le monde connaît mais en plusieurs années on développe notre propre forme d’écriture. Ravi d’avoir pu t’aider Mandine.

  8. Roy Répondre

    Pit:
    Salut Feriel.

    On dessine tous des choses inspirées du réelle. Trois éléments fondamentaux qui font la différence chez les meilleurs:
    – La visualisation en trois dimensions
    – La mémoire visuelle/ bibliothèque d’image interne
    – L’inspiration

    Le reste n’est qu’accessoire (avis personnel).

    Bien résumé! Dis comme ça on s’imagine pas le travail que c’est de développer ces 3 points :)

  9. Roy Répondre

    Feriel:
    Très pertinent ton article Roy. Ça me rassure

    J’ai besoin d’images, de choses réelles pour les dessiner. C’est sans doute parce que je débute encore.
    Quoiqu’il en soit, l’essentiel est de se faire plaisir et d’arriver à exprimer ce qu’on veut. Je pense.
    Merci beaucoup
    Bonne soirée

    Dans ton cas, tu t’inspires d’un objet pour le modifier par la suite. Comme dit dans l’article, la copie n’est pas la finalité voilà ta contribution artistique! Certains dessinateurs (dont je fais partie) font quelques « retouches » ou de réorganiser ce qu’ils dessinent alors que d’autres ont un univers fantasmatique plus développé.
    Il n’y a pas d’un côté « la copie » et d’un autre « l’invention ». Je pense que les deux s’influencent.

  10. Mandine Répondre

    Ah que voilà un article qui me plaît bien. Tu me réconcilies avec moi-même. Depuis longtemps je ne sais que copier je dessine d’après dessin ou d’après photo, je n’ai aucune imagination. Malgré tout j’ai acquis à force de le faire une technique qui m’est propre, et ca, ça n’appartient qu’à moi. Merci Roy.

  11. Pit Répondre

    Salut Feriel.

    Je te rassure, c’est la pratique courante de tout bon illustrateur qui se respecte.
    Piocher des éléments d’une image par ci, prendre des idées par là, s’inspirer d’une palette de couleur sur une peinture de maitre, mixer le tout dans son esprit et faire preuve d’un zest d’imagination et d’un maximum de technique (plus ou moins personnelle selon le style et l’expérience), et le tour est joué. ;)

    On dessine tous des choses inspirées du réelle. Trois éléments fondamentaux qui font la différence chez les meilleurs:
    – La visualisation en trois dimensions
    – La mémoire visuelle/ bibliothèque d’image interne
    – L’inspiration

    Le reste n’est qu’accessoire (avis personnel).

    Bon courage dans tes débuts, et fais-toi plaisir ;)

  12. Feriel Répondre

    Très pertinent ton article Roy. Ça me rassure :)

    Je n’arrive à dessiner qu’en regardant l’objet face à moi. Il me faut voir pour dessiner. Autrement je suis « bloquée »
    Par contre, je ne copie pas complétement, je regarde l’objet ou l’image je prend ce qui m’intéresse, les proportions par exemple quand je dessine un corps humain. Et par la suite, j’en fait ce que je veux, et ce n’est plus du tout une copie.
    J’ai besoin d’images, de choses réelles pour les dessiner. C’est sans doute parce que je débute encore.
    Quoiqu’il en soit, l’essentiel est de se faire plaisir et d’arriver à exprimer ce qu’on veut. Je pense.
    Merci beaucoup :)
    Bonne soirée

  13. Roy Pallas Répondre

    Pit:
    Bon article comme à ton habitude.
    Ta vision de la copie est tout à fait défendable. J’apprécie ta façon de relativiser sur cette pratique.
    (et l’image que tu as choisi pour illustrer ton article m’a bien fait marrer ^^)

    Merci pour ce retour mon cher Pit. Je suis assez fier de mon image pour le coup! Je me suis dit qu’il fallait un article à la hauteur pour m’en servir comme illustration.

  14. Roy Pallas Répondre

    catherine:
    Pour un débutant, c’est presque indispensable de copier … tout copier, les artistes, la nature, les objets, mais copier … Je l’ai compris aux cours de pastel : le prof nous fait copier des artistes totalement différents … et je me rends compte que petit à petit, on arrive à « déformer » le modèle … en fonction de la façon dont on le perçoit … Me tromperais-je, ou m’approcherais-je de votre vision ??? (:-)))))

    Tout à fait! Je pense que le fait de copier sert à enrichir notre culture graphique et dans le même temps nous apprend à nous positionner par rapport à toutes ces pratiques. J’ai remarqué le même phénomène, lorsque l’on copie beaucoup, il a des « résidus » de techniques qui persistent dans nos réalisations. Merci pour ce commentaire Catherine :)

  15. Pit Répondre

    Bon article comme à ton habitude.
    Ta vision de la copie est tout à fait défendable. J’apprécie ta façon de relativiser sur cette pratique.
    (et l’image que tu as choisi pour illustrer ton article m’a bien fait marrer ^^)

  16. catherine Répondre

    Pour un débutant, c’est presque indispensable de copier … tout copier, les artistes, la nature, les objets, mais copier … Je l’ai compris aux cours de pastel : le prof nous fait copier des artistes totalement différents … et je me rends compte que petit à petit, on arrive à « déformer » le modèle … en fonction de la façon dont on le perçoit … Me tromperais-je, ou m’approcherais-je de votre vision ??? (:-)))))

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